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Le langage entre structure, description et possibilités

Lorenzo Cigana(University of Copenhagen)

pp. 13-34

Lines

d’autant plus que ce sont toujours justement les travaux de moindre étendue, les articles éphémères et les comptes rendus […] qui sont difficiles à retrouver.L. Hjelmslev

1En 1973, les éditeurs du deuxième volume des Essais linguistiques écrivaient que

le nom de Louis Hjelmslev s’est inscrit comme l’un des plus prestigieux de la linguistique de notre siècle. Les théories de Hjelm|slev sont étudiées partout dans le monde et chaque texte de lui a de l’importance, car il permet de mieux connaître sa pensée (Ege, Fischer-Jørgensen, Togeby & Whitfield 1973 : préface).

2On peut justifier ces termes par la nature de l’ouvrage qui les abrite, car il s’agit d’un hommage posthume. Mais on peut légitimement se demander si ces mots ne péchaient pas par optimisme, même à l’époque de leur rédaction. Hjelmslev a été sans aucun doute une figure de premier plan dans le domaine des sciences du langage, même si son formalisme a pu être ressenti comme rigide et gênant, alourdi par des détails parfois obscurs ou en tout cas difficiles à appliquer. En fin de compte, et malgré son importance fondatrice, la résonance de son modèle a été bien mince, en dehors du cercle le plus intime de ses élèves et collaborateurs.

3Cette contradiction s’explique par deux aspects interdépendants. Tout d’abord, il faut garder à l’esprit la portée utopique de la pensée de Hjelmslev, que Badir (2016) a légitimement mise en valeur : l’optimisme scientifique, la confiance presque absolue accordée aux définitions et à la portée de la théorie, l’assurance avec laquelle il énonce des théorèmes dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont contre-intuitifs1 (« le finnois n’a pas de voyelles », « le proto-indo-européen n’a pas de consonnes », « le français n’a pas d’accents »), le caractère parfois divinatoire et à l’emporte-pièces de certaines affirmations (« la théorie fournit une méthode », « l’expérience le montre ») – tout pousse à croire que Hjelmslev concevait sa théorie comme une construction asymptotique, dont l’architecture idéale n’était pas soumise aux circonstances historiques de sa réalisation, ni même de son énonciation. Le ton des communications montre qu’il ne concevait pas « sa » théorie, la glossématique, comme « à lui » : il n’était que le porteur ou le médiateur – certainement privilégié mais jamais exclusif – d’un point de vue supérieur. Son idéalisme objectivant, qu’on retrouve dans le style rhétorique de presque tous ses ouvrages, a été confirmé par la suite.

4C’est que cet utopisme relève – et nous en abordons ici le deuxième aspect – de la méfiance de Hjelmslev envers les « faits ». Se cantonner à l’observation des données concrètes ou aux phénomènes que l’expérience apporte, signifie nécessairement s’interdire à priori l’accès à la dimension systématique. Or, selon lui, celle-ci est la seule qui permet de les décrire, ainsi que de les dépasser : il faut pouvoir aller au-delà de l’apparence des « petits faits vrais » et envisager les phénomènes observés en termes de champs de possibilités, c’est-à-dire en les concevant à partir d’un réseau de réalisables. L’utopie hjelmslévienne n’est donc que l’empirie reformulée et « répandue » sur la base élargie de possibilités générales : nous touchons ici un des rouages essentiels de sa réflexion. En effet, la distinction entre « universel » et « général », à laquelle Hjelmslev s’astreint inlassablement, est tout à fait fondamentale pour appréhender correctement sa pensée :

Le système du langage est un système de réalisables généraux, et non un système de réalisés universels. La grammaire générale ne se confond pas avec la grammaire universelle. La grammaire générale est faite par la reconnaissance des faits réalisables et des conditions immanentes de leur réalisation. Or pour établir une grammaire générale il suffit de reconnaître le réalisable derrière le réalisé ; mieux encore : de déduire le réalisé en multipliant le réalisable avec sa condition (Hjelmslev 1939 : 131).

5L’étude des possibilités nécessite l’adoption d’une démarche abstraite qu’on pourrait qualifier de « métagrammaticale », à la seule condition suivante : que l’abstraction soit conçue non pas comme l’extra|polation de ce qui est pertinent, mais plutôt comme une mise entre parenthèse des facteurs qui obligent le linguiste à ne considérer que les seules possibilités déjà réalisées. Selon cette perspective, les formes ne sont que les configurations de ces réalisables les uns par rapport aux autres, selon leur valence logique, en tant que fonctifs. En effet, d’après Hjelmslev, la fonction communicative du langage dépend des rapports contractés par ses unités : certaines configu|rations fonctionnent comme des vecteurs du sens, d’autres non. De la même manière, certaines corrélations2 établissent des catégories, des classes intrinsèquement linguistiques, tandis que d’autres3 ne le font pas. Or de la « forme » à la « structure » il n’y a qu’un pas : chaque forme n’est qu’une totalité obéissant à un régime propre (appelé « participation »), c’est-à-dire à des lois internes qui en régissent la constitution et les transformations. Le concept goethéen de morphologie est de toute évidence à l’origine de cette concep|tion :4 on y retrouve aisément le vieux mythe de l’organicisme téléologique, même si ces lois sont plutôt modulées en termes de conditions et non de causes. Mais qui dit « structure » dit aussi « construction » : à côté de de la reconstruction de la configuration des objets analysés (les langages), l’objectif est d’expliciter le cadre épistémologique spécifique à partir duquel cette reconstruction prend tout son sens. La qualité constructiviste de cette oscillation vient du fait que la théorie est conçue comme un langage qui est lui-même porteur d’une théorie en tant que système catégoriel ayant une valeur gnoséologique.

6La structure est ainsi le produit à la fois d’une forme, objective mais subjectivante,5 et d’une formalisation, ou plutôt d’une « observation intellectuelle »,6 subjective mais objectivante : nous avons là deux dimensions qui se contraignent l’une l’autre. En effet, la reconstruction d’une structure n’est possible que si l’on met en place un réseau de formes donné ou une configuration sémiotique spécifique (un métalangage). Celui-ci se traduit par une série de manipulations orientées en fonction d’un facteur apparemment extralinguistique mais qui – du moins d’après le linguiste danois – ne l’est pas : celui de la connaissance (scientifique). En d’autres termes, qui dit structure ou forme (ἔργον) dit en même temps structuration et formation (ἐνέργεια) : nous avons là deux nomina actionis désignant à la fois le fonctionnement de la langue et l’activité du linguiste dans son double rôle de locuteur et de métalocuteur.

7À cet égard, notons que l’on retrouve chez Hjelmslev une forme de renversement du rapport qui a été mis en lumière par Pos, Brøndal ou Coseriu : si, d’après ceux-ci, le linguiste est linguiste par le fait d’être d’abord un locuteur, pour Hjelmslev chaque locuteur est locuteur en fonction du fait qu’il est un « crypto-linguiste » (Hjelmslev 1961). Loin de marquer une opposition, ce chiasme fait ressortir une complémen|tarité profonde entre ces deux visions, qui conçoivent de façon dif|férente la place du locuteur dans le langage. Pour Hjelmslev, cela se traduit par la volonté de rendre compte des opérations cachées définis|sant la marge des possibilités (« Spillerum ») de chaque système linguistique et qui sont différemment exploitées par le locuteur, en fonction des circonstances et de ses intentions communicatives. Il suffit de relire la Structure générale des corrélations linguistiques (Hjelmslev [1933] 1973) pour comprendre que, d’après le linguiste danois, les rapports paradigmatiques ne traduisent pas la normativité qu’on est souvent amené à rattacher à la langue comme système de contraintes prescriptives. D’après Hjelmslev, la dimension paradigmatique se situe au-delà de la prescription, car elle représente le champ de possibilités ou les res|sources dont le sujet parlant dispose pour ses besoins linguistiques :

Donc il paraît que du point de vue de la langue on est en présence d’un rapport purement associatif lorsqu’il s’agit de termes entre lesquels le sujet parlant a libre choix, et lorsque le choix de ces termes dans une chaîne donnée est déterminé exclusivement par ce qu’on désire exprimer […] on peut constater qu’un rapport syntagmatique, relevant de la langue, est un fait relativement rare ; il se combine volontiers avec un rapport associatif, un choix à la fois libre et restreint entre certaines possibilités (Hjelmslev [1933] 1973 : 88-89).

8De même, il suffit de lire quelques pages de La catégorie des cas (1935, 1937) pour se rendre compte que le sujet parlant n’est pas en-dehors du système : au contraire, il constitue l’axe de rotation du système lui-même, qui s’actualise constamment au cours de l’usage linguistique quotidien. En continuant dans cette direction, on se rend compte qu’en étendant la description linguistique au domaine du possible, l’interaction entre sujet et objet est toujours mise en cause au niveau du lien entre crypto-linguistique et linguistique explicite. En effet, la reconstruction des significations sublogiques générales (appelées « séma|tèmes ») associées aux formes morphologiques demande un équilibre entre la compétence implicite du locuteur et la connaissance explicite du théoricien. Cet équilibre dynamique repose à la fois sur les nuances et les solutions expressives dictées par le sentiment linguistique, et sur la connaissance explicite du linguiste. Celui-ci essaye de ramener ces usages particuliers ou variantes à l’invariante commune, non parce que c’est comme cela qu’il faut les envisager, mais parce que c’est de cette façon que le langage fonctionne.

9Comme on le sait, Hjelmslev a préconisé cet élargissement de perspective. Selon lui, la science structurale du langage doit pouvoir prendre en compte des unités (signes, parties de signes, etc.) qui n’existent pas encore dans la langue considérée, ou des langues pas encore apparues à l’horizon de l’histoire. Pour ce faire, il est évident que l’outil|lage conceptuel de la théorie ne peut pas être cantonné aux données de l’expérience,7 mais qu’il doit se bâtir sur la zone du pensable, articulé selon une logique la plus inclusive et souple possible. On touche là à la racine du caractère intrinsèquement instable – et pas seulement utopique – de l’architecture théorique de la glossématique.

10D’après Hjelmslev, l’analyse et le langage se constituent de la même manière : comme l’articulation progressive d’une totalité,8 conçue à son tour comme un champ de distribution de possibilités, articulé selon une rationalité immanente qui est propre au langage.9 Or cette articulation, qui prend les traits d’une méréologie, ne repose pas sur un principe additif : la totalité de départ n’est pas, quant à elle, une collection d’unités. Selon le modèle addictif, une grandeur externe est incorporée et ajoutée à un ensemble déjà constitué. Ainsi, la solidarité existant entre l’unité rajoutée et l’ensemble n’est plus organique : la grandeur n’est pas une partie, mais un fragment. Hjelmslev soutient au contraire que l’articulation ressemble à un découpage progressif qui se déroule à l’intérieur du système. On obtient alors une représentation fractale du langage : un premier découpage divise la totalité en deux dimensions les plus amples possible, notamment le « plan du contenu » et le « plan de l’expression ». La suite de la hiérarchie – notamment les « espèces » (se divisant en « constituants » ou « exposants »), les « types » (les constituants se divisant en « centraux » et « marginaux » ; les exposants en « extenses » et « intenses ») et ainsi de suite jusqu’aux glossèmes – est progressivement repérée à l’intérieur de ce domaine par une suite de subdivisions. Le tableau synoptique publié dans le Résumé (Hjelmslev 1975 : 212) illustre cette représentation fractale du langage :

11Lorsqu’on lit le tableau en partant du centre (les plans γ°~g°) et en allant vers les côtés (les « subtagmata »), on observe qu’à chaque division, l’espace logique sur lequel la structure du langage se bâtit est complètement saturé : aucune variante n’est rattachée à une classe correspondante (une invariante), aucune catégorie n’est ajou|tée de l’extérieur du domaine défini par la solidarité entre les deux plans. Par ailleurs, aucune grandeur ne se situe en dehors des caté|gories, symbolisées par les lettres grecques, qui articulent le domaine structurel selon un ensemble combinatoire de formes possibles, régi par les « lois de solidarité » (cf. Hjelmslev 1935 : 125 sv.). En fait, l’algèbre participative que Hjelmslev a développée dans les années trente puis remaniée au cours des années quarante, répond au besoin de calculer « so to speak all possible values for categories valid for all possible linguistic worlds » (Gregersen & Canger 2001 : 48).10

12La conception méréologique du langage qui en résulte est la manifestation d’une préoccupation anti-atomiste. Celle-ci peut être reformulée en adaptant la formule de Leibniz « lingua non facit saltus» : un principe de compensation est toujours en action entre le répertoire des formes possibles du langage, appelé « système abstrait », et les catégories effectivement attestées dans les langues, conçues comme réalisations particulières du premier. De la sorte, en parcourant la hiérarchie des catégories linguistiques, on ne trouve pas de vides. Cela vient de l’organisation déductive du système linguistique : chaque catégorie (par exemple, la catégorie grammaticale du nombre) se découpe en classes plus petites (par exemple, le singulier ou le pluriel) mais rentre à son tour dans une catégorie plus large (notamment, le paradigme des catégories flexionnelles du nom, ou mieux du paradigme des catégories « intenses »), et ainsi de suite. Or, le fait qu’une catégorie manque dans une langue n’entraîne pas, selon Hjelmslev, la disparition de l’opération à laquelle elle préside : simplement, elle se recoupe avec celles des autres catégories, selon un jeu d’équilibre (« Samspil ») déterminé, d’un côté, par le régime des dominations et des syncrétismes entre les catégories, dont l’étude est amorcée en 1934,11 et de l’autre par le procédé de grammaticalisation (et dégrammaticalisation), appelée « conversion ». C’est ainsi que, dans des langues qui ne présentent pas de morphèmes fondamentaux de cas, des sous-systèmes se constituent, qui en représen|tent la conversion, tels les prépositions ou les pronoms démonstratifs (cf. par exemple le sous-système des pronoms italiens questocode|stoquello). Il en est toujours ainsi : « Il n’existe aucune langue totalement dépourvue de nombre grammatical […]. On trouve cependant des langues totalement dépourvues de différence de genre grammatical » (Hjelmslev 2016 : 121). En effet, d’après Hjelmslev, les deux catégories en question représentent deux dimensions d’un seul agglomérat, de sorte que, là où la différence de genre manque, la catégorie du nombre se charge de son sémantisme. On retrouve la même conception chez Guillaume :

Dans les langues où le système de l’article n’existe pas à l’état distinct, les opérations de pensée qui en sont constitutives dans celle où il s’est individué ne sont pas des opérations ignorées de l’esprit humain : ce sont seulement des opérations qu’il accomplit en indivision avec d’autres appartenant à la catégorie du nombre (Guillaume 1994 : 168).

13En fin de compte, il ne s’agit que de l’application du principe d’immanence. Ceci entraîne d’ailleurs deux conséquences :

  1. toute différence (discontinuité) s’installe sur une continuité et établit à son tour une (sous)continuité (cf. Cigana 2018) ;
  2. aucune possibilité ne se rajoute au système depuis l’extérieur.

14En effet, il n’y a même pas, à proprement parler, d’extériorité : au-delà du système, c’est-à-dire au-delà de son domaine de validité logique, il n’y a plus rien à prendre en compte. De la même façon, il n’y a rien au-delà de l’objet considéré, puisque celui-ci est constitué – et pas simplement décrit – comme un système de systèmes (cf. Hjelmslev 1941 : 72-73). En somme, ce n’est pas la structure de l’objet que l’on décrit, mais l’objet en tant que structure : le système lui-même n’est pas simplement un objet mais la condition épisté|mologique de sa propre description.12 Voilà pourquoi, au moins de ce point de vue, l’interprétation essentialiste de cette démarche structurale nous semble échouer.

15On retrouve finalement ici l’ancien principe de tout fait système, auquel Hjelmslev apporte une précision – « tout fait système », dit-il, à condition de « bien garder les proportions » (Hjelmslev 1939 : 123) :

Il importe de reconnaître que tout se tient, mais que tout ne se tient pas dans la même mesure [...] Le système linguistique est d’une souplesse plus délicate que la maxime précitée, prise au pied de la lettre, ne le fait supposer ; et s’il est vrai que le système se tient, la tâche du linguiste est de découvrir dans quelle mesure il se tient, et sur quels points il ne se tient pas. La structure ne se confond pas avec l’interdépendance ; la notion même de structure implique la possibilité d’une indépendance relative entre certaines parties du système. Décrire la structure c’est rendre compte des dépendances et des indépendances à la fois (Id.: 123-124).

16Cette remarque permet de comprendre pourquoi, dans la procédure d’analyse prescrite par la glossématique, il n’est jamais question de décrire des grandeurs non-uniformes : l’on pourrait croire que celles-ci constituent des éléments qui, tout étant présents dans la structure de l’objet considéré (le langage), échappent au regard du théoricien, uniquement focalisé sur les aspects systématiques. Encore une fois, il nous semble qu’il en est autrement. En effet, le procédé qu’on vient de résumer est proche de l’« abstraction préscissive » de Peirce et s’applique mal au constructivisme de Hjelmslev :

La description d’une structure est épuisée par la description de ces dépendances qui ne sont pas purement dépendantes, et le principe de la simplicité veut qu’on ramène la structure à un réseau de telles dépendances. Ces dépendances peuvent recevoir le nom de fonctions, les dépendances purement dépendantes celui de rapports […]. Il suffit donc de constater la fonction pour pouvoir conclure au rapport. On décrit une structure, on en découvre le mécanisme en ramenant les dépendances qu’elle comporte à des fonctions (Id.: 114).

17Décrire un objet en tant que structure signifie le produire en tant que bâti sur des « dépendances » qui peuvent être appréhendées de deux façons : ou bien comme des « fonctions » (dépendances uniformes) ou bien comme des « rapports » (dépendances non-uniformes). Cela revient à dire qu’il existe un certain degré de convertibilité entre fonction et rapport: ainsi, se concentrer sur les fonctions n’équivaut pas à exclure les rapports, mais à traduire (réduire13 ou ramener) ceux-ci dans (à) celles-là. Voilà pourquoi on ne trouvera que des « fonctions » dans l’objet. Vue sous cet angle, la théorie n’est qu’une opération complexe de conversion.

18En envisageant une analyse par étapes, Hjelmslev veut établir une procédure par laquelle l’objet est reconstruit, voire produit, en tant que système à partir d’une mise en abîme des variables, et non d’une exclusion. Toutes les parties dont un objet se compose sont censées subir une systématisation, à condition qu’on les déplace au bon niveau : ce qui est substance sur un niveau (par exemple : les appréciations collectives en tant qu’éléments du plan de contenu formés par la structure du langage), se révèle être forme sur un autre.14 Cette mise en corrélation, thématisée dans La stratification du langage (1954), est fondée sur le principe selon lequel, à l’intérieur d’un seul et même niveau, l’explication se réalise par l’établissement d’un lien entre forme et substance.15 Par contre, si l’on considère l’interaction des niveaux dans leur ensemble, ce même rapport ne contient que des formes.

19En résumé, il nous semble important de remarquer que ces éléments théoriques vont dans le même sens que les contributions présentées dans les ouvrages cités ci-dessus. Ils se situent en effet autour d’un axe qui caractérise un des buts principaux de la réflexion hjelmslévienne : la construction d’une « encyclopédie générale des structures de signe » (Hjelmslev 1971 : 137), dont la théorie des structures proprement linguistiques (y compris la théorie des transformations de ces structures, cf. Hjelmslev 1966 : 140 sv.) représente une partie fondamentale. Dans cette perspective, le passage du niveau des structures réalisées aux structures possibles n’est pas seulement souhaitable : il est constitutif de la science du langage elle-même.

20Il faut toutefois formuler un caveat : les contributions qui constituent notre anthologie, tout en présentant les caractéristiques théoriques qu’on vient de définir, ne portent pas expressément sur celles-ci. Ces textes n’ont pas été rassemblés selon leur fonction pédagogique, pour servir d’introduction aux enjeux fondamentaux de la théorie du langage de Louis Hjelmslev – cette mission est déjà accomplie par les Essais (notamment 1970 et 1973, puis 1985). Le propos de notre travail est plutôt de fournir des outils pouvant servir à reconstruire l’ensemble de la figure et de la pensée du linguiste dans toute sa complexité. Cette anthologie résulte donc de la volonté d’enrichir les ouvrages déjà parus à ce sujet, ainsi que de la conviction que les fragments, les annotations, les comptes rendus, les interventions aux débats font partie de la production d’un auteur, au même titre que des travaux scientifiquement plus accomplis et codifiés. En effet, c’est souvent dans des contributions considérées comme mineures que le style épistémologique (Almeida 1997) ou la rhétorique de l’auteur se révèlent le plus facilement, par exemple lorsqu’il répond à des questions posées lors de conférences, ou à l’occasion de critiques portant sur des travaux de collègues. Elles ont donc toute leur importance pour éclairer les différentes facettes qui composent la philosophie de la science du langage de Hjelmslev. On s’apercevra peut-être que, bien qu’ils ne traitent pas des fondements de la linguistique ou de la sémiotique, certains des textes sélectionnés sont aussi déterminants que les œuvres majeures (cf. Vykypěl 2005 : 76), ou qu’ils abordent des questions essentielles à partir de perspectives inattendues. En somme, cette anthologie veut se constituer comme un complément à l’étude des travaux majeurs de Hjelmslev : c’est avec leur aide qu’il faut lire les contributions choisies ici, car elles entrent en résonance avec eux.

21Quand on observe leur contenu, on voit que ces essais portent le plus souvent sur une analyse spécifique des langues ou de certains phénomènes afférents. C’est le cas de la description du système de l’expression du français moderne (n. 47), de la dissimilation d’aspiration (n. 82), de la parenté linguistique (n. 75, 80), de la discussion de principes méthodologiques spécifiques du programme d’apprentissage des langues appelé « méthode naturelle » (cf. n. 86) ou des reconstructions glotto-chronologiques (cf. n. 67). Ces analyses s’accompagnent parfois d’un débat collectif et élargi qui se déclenche lors d’une séance du Cercle linguistique ou d’un congrès. Elles peuvent aussi l’être par un passage du niveau des problèmes techniques au niveau des questions méthodologiques et concept|uelles plus générales, qui relèvent de l’histoire des idées. La discussion des points les plus concrets en réfère à la démarche théorique propre à Hjelmslev, plus ou moins thématisée : dans de nombreux textes, on observe la constante mise en place de l’outillage conceptuel développé durant les années trente. On songe notamment aux concepts d’« optimum » et d’« affinité », ainsi qu’aux principes qui gouvernent les schématisations de La catégorie des cas (1935, 1937) : la participation et l’analyse dimensionnelle. On retrouve ces aspects dans plusieurs contributions, notamment

  • dans la reconstruction du système cénématique du français moderne (n. 47),
  • dans deux essais sur les catégories morphologiques (n. 79, 85),
  • dans la discussion de la structure des langues créoles (n. 15),
  • dans une communication faite lors du Onzième Congrès International de Psychologie (tenu à Paris du 25 au 31 juillet 1937, cf. n. 7) portant sur la différence entre les opérations de division mises en place par une théorie à orientation « implicite » et par une théorie linguistique à vocation « explicite », discutées lors du Sixième Congrès International des Linguistes (tenu à Paris du 19 au 24 Juillet 1948, cf. n. 46) ;
  • on en retrouve également des échos dans le concept de « lien affectif » qui est censé relier chaque langue à son contenu connotatif, notam|ment à la nation, au peuple, à l’individu lui-même, etc. (n. 84).

22Il nous semblait utile de mettre en lumière l’importance, pour la genèse d’une théorie, du mouvement de va et vient qui caractérise le passage du cadre de l’énonciation individuelle (la communication du rapporteur) au cadre de l’énonciation collective (les réactions des participants), mais aussi le passage des questions d’ordre particulier aux enjeux généraux. C’est pourquoi nous avons choisi d’inclure les sources secondaires, telles que les minutes des séances, les rapports et les comptes-rendus,16 à côté des articles et des communications proprement dites. Cette littérature qu’on appelle « grise » nous permet d’apprécier des modalités discursives de conceptualisation qui, tout étant parallèles aux sources primaires, n’en sont pas moins codifiées : il s’agit d’un type de questionnement alternatif de la théorie, qui représente une autre voie d’accès au laboratoire mental du linguiste. Celles de Hjelmslev sont parfois originelles et souvent méconnues. Les deux exemples suivants démontrent que l’étude des sources secondaires et marginales nous permet de combler des hiatus apparents dans la réflexion de Hjelmslev, tels que la question de la substance de l’expression (phonétique) et celle du traitement de la syntaxe.

23Tout d’abord, au-delà des commentaires que Hjelmslev apporte aux travaux de Menzerath ou de Forchhammer, on peut mentionner l’attention tout particulière qu’il réserve à la pensée de Zwirner et à la phonétique expérimentale en général – intérêt d’ailleurs inexplicable si l’on se borne à considérer le formalisme radical de Hjelmslev. Les interventions n. 12, 16 et 20, et surtout l’article Die Neue Wege der Experimentalphonetik (1938, ici n. 76) nous montrent le linguiste danois attelé à examiner les techniques et les instruments propres à la phonétique expérimentale, en les rapportant à la démarche de la linguistique structurale. Cela est d’autant plus intéressant que Hjelmslev s’est efforcé d’inclure dans sa théorie les méthodes de l’analyse statistique et quantitative, dont Zwirner a été le précurseur aux côtés de Zipf. Il suffira de consulter le Résumé pour retrouver la prescription de la loi de Poisson, qui devrait rendre possible le tri des variantes combinées ou libres (cf. Hjelmslev 1975, Reg 1). Ce choix se justifie par le fait que, dans le Résumé, le traitement statistique est censé s’appliquer non seulement aux grandeurs de l’expression, mais aussi à celles du contenu, sous forme d’une articulation hiérarchique menant jusqu’aux variations de plus haut degré – les objets physiques qui nous entourent et qui représentent des instanciations particulières des grandeurs linguistiques (cf. Hjelmslev 1966 : 149-150).

24Pour le deuxième exemple, on renvoie le lecteur aux longs débats qui ont fait rage au sein du « comité glossématique », au sujet des grandeurs syntaxiques et des principes qui doivent en régler l’analyse. En effet, au cours de sa réflexion, Hjelmslev ne s’est que rarement attardé sur la description concrète de la phrase : comme on le sait, il plaidait pour une « morphologisation » de la syntaxe. Or la discussion portant sur la définition de « phrase » – strictement liée à l’opération de « catalyse » et aux fonctions spécifiques qui y entrent, comme la rection – montre au contraire que, loin d’être délaissé ou passé sous silence, le domaine phrastique a été traité de manière différente, notamment sous forme de questionnement collectif. L’observation du corpus de définitions mis en place par Hjelmslev, qui inclut deux séries de termes selon que les grandeurs phrastiques sont conçues du point de vue analytique ou synthétique, montre bien à quel point son modèle reste tributaire d’une conception communicative de l’énoncé, qui doit s’ajuster à l’aspiration formaliste de la théorie.

25Un troisième aspect vient enrichir la perspective sur ces questions. C’est la reprise, lors d’une communication faite à l’origine à la radio danoise en 1936 (cf. n. 74), d’un des thèmes propres à la philosophie du langage de matrice allemande : la question du lien entre langue (langage) et pensée. Hjelmslev avait déjà abordé ce sujet dans les Principes de grammaire générale (1928) en s’appuyant sur les théories d’auteurs tels que Steinthal, Herbart et Marty. Il ressent ici le besoin de spécifier la nature de ce lien, en déterminant s’il y a identité (la langue et la pensée se recouvrent parfaitement), distinction (séparation nette entre les deux) ou plutôt affinité ou tension (une orientation différente à partir d’une racine commune) entre la langue (le langage) et la pensée. L’originalité de la contribution en question réside surtout dans l’outil|lage conceptuel que met en place Hjelmslev pour statuer sur la question : il l’élabore à partir des données découlant de la psycholinguistique et des recherches neurologiques portant sur les dysphasies et la perception des couleurs. On retrouve ce regard interdisciplinaire dans les conférences qui se sont déroulées à Aarhus en 193417 notamment lorsqu’il s’agit de définir le contenu sémantique des catégories flexionnelles (cf. Hjelmslev 1972, § VIII : 93 sv.). Son argumentation procède par déconstruction des préconceptions diffuses concernant les concepts de « langage » et « pensée » : sans vouloir en discuter davantage le contenu, il suffira d’en souligner l’intérêt pour comprendre l’ontologie qui constitue la base de la démarche hjelmslévienne, principalement au sujet des universaux linguistiques et non-linguistiques. Dans les années trente, Hjelmslev semble concevoir la matière (ou sens) à la fois comme un continuum diffus, non-discret, et comme un ensemble de variantes libres et punctiformes (c’est-à-dire des occurrences individuelles, des perceptions hic & nunc, des données atomiques, de simples qualia, etc.), donc comme une grandeur « hyper-discrète ». On appréhende le même caractère amorphe de la matière sous ces deux angles différents : en fait, les deux conceptions – l’une dense, l’autre ponctuelle – se recoupent mutuellement, car l’une peut être convertie dans l’autre et vice-versa.

26Or, d’après Hjelmslev, chaque forme de catégorisation, c’est-à-dire chaque classement introduit dans le continuum, est entendue comme dérivant plus ou moins directement du langage, conçu en tant que structure formelle (qui n’est ni uniquement verbale ni conceptuelle).18 On voit donc que cela dépend de la façon dont on conçoit le langage, en tant que principe général de formation. La question se pose alors de savoir si d’autres formes de catégorisation, non-linguistiques ou plutôt non-sémiotiques, sont également possibles. La réponse, en principe négative, demande toutefois à être mise en rapport avec le point de vue développé dans l’article La stratification du langage (1954) : sans rejeter la démarche glottocentrique,19 Hjelmslev y apporte des nuances en faisant appel à une hiérarchie des formes. On voit donc de nouveapu que l’on gagne à mettre en tension les sources secondaires avec le reste de la production hjelm|slévienne, en dégageant les grandes lignes d’une pensée toujours en évolution. À ce sujet aussi, la forme éditoriale des « fragments » demandait un certain nombre de remaniements : le matériel recueilli étant d’une grande hétérogénéité, le choix a été fait de l’organiser selon un ordre chronologique, en classant les textes en deux parties.

27La première partie recueille les interventions et les discussions dans lesquelles Hjelmslev figure comme rapporteur lors de séances du Cercle linguistique de Copenhague, ou lors d’autres colloques, et dont les minutes sont éparpillées dans différents Bulletins et Acta. On y trouvera aussi la reproduction des débats qui ont suivi les communications ayant été publiées par la suite sous forme d’articles. Il nous semblait que reproduire ce genre de questionnement des auditeurs, ainsi que les réponses et les remarques de Hjelmslev, ajoutait quelque chose à l’intelligibilité de ses interventions : cela enrichit le débat, autant au niveau conceptuel que du point de vue du style rhétorique.

28Par ailleurs, la publication des remarques et des interventions au débat a demandé un remaniement général de ces contributions, pour en faciliter la lisibilité et l’appréhension. Il a notamment fallu, au-delà des choix conceptuels et terminologiques indispensables à la traduction, et de la correction de certaines coquilles, étoffer le style télégraphique de certaines communications afin d’arriver à une meilleure fluidité, en « encatalysant » un contenu phraséologique correspondant à la nature de ces dernières. Et comme il s’agissait de recréer la polyphonie des discussions qui s’étaient ensuivies, on a pensé qu’il était utile d’insérer également, à côté des remarques de Hjelmslev, les observations des autres intervenants. Il a donc fallu mentionner le nom du locuteur, là où la distinction entre l’inter|venant et le(s) sujet(s) mentionné(s) dans le débat n’était pas a priori évidente, en inscrivant le nom de chaque intervenant entre crochets. On a également recouru à ceux-ci au cours de l’anthologie pour signaler nos interventions. Signalons enfin que l’ordre chronologique adopté dans cette partie respecte les dates des séances et des congrès dans lesquels ces communications ont été présentées, et non celle des ouvrages où elles ont paru.

29La deuxième partie est constituée de contributions plus longues, qu’on peut légitimement qualifier d’articles. Certaines parties de ce contingent ont déjà été publiées en italien ou en anglais : la traduction intégrale en français en a été réalisée ici, afin d’obtenir une uniformité générale. D’autres sont parues en français, mais jamais dans un recueil ; d’autres encore n’ont été publiés jusqu’ici qu’en danois ou en allemand.

30La liste complète des contributions contenues dans ce recueil est donnée dans la suite. Pour en faciliter la consultation, ainsi que l’individuation des textes qui n’ont pas pu y être inclus, chaque référence a été croisée avec son équivalent dans les bibliographies des travaux de Hjelmslev les plus complètes dont on dispose : celle publiée dans les Essais linguistiques (1970), complétement numérotée, et celle in extenso, donnée en appendice au volume de M. Rasmussen, Hjelmslevs Sprogteori (1992). Dans notre table des matières, les références à la première et à la deuxième bibliographie ont été faites en insérant l’indice numérique correspondant (ou la date, dans le deuxième cas) respectivement entre <> et {}.20 Ainsi, par exemple, la contribution Nombre et genre dans les langues sans différenciation complète des genres (cf. 41 dans le présent volume) correspond à l’entrée <174> de la bibliographie dans Essais linguistiques (1970), et à l’entrée {1970f} de la bibliographie établie par Rasmussen (1992).

31Ce travail a été réalisé grâce au soutien de Wallonie-Bruxelles International (WBI.In bourse d’excellence). Le format de sa parution – à la fois numérique et papier – a été choisi afin d’en permettre la diffusion la plus large possible dans le monde francophone. Celui-ci a en effet été historiquement un des pôles majeurs pour la diffusion et le renouveau de la pensée hjelmslévienne.

32En conclusion, je tiens à remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette publication, en se chargeant de lire et corriger les textes à plusieurs reprises, en me donnant des suggestions indispensables pour leur mise au point : Sémir Badir, Hans Basbøll, Valérie Centi, Patrick Flack, Chantal Gratuze, Frans Gregersen, Nina Grønnum, Viggo Bank Jensen, Nicolas Mazziotta, Joffrey Mongin, Stéphane Polis. Leur soutien et leurs conseils m’ont été précieux.

33Je tiens aussi à remercier les éditeurs qui m’ont donné la permission de reproduire les documents. Finalement, je tiens à adresser un merci particulier à la titulaire des droits d’auteur des œuvres de L. Hjelmslev, Mme Susanne Agersnap, pour avoir si gracieusement consenti à la publication des textes de son grand-oncle.

    Notes

  • 1 Si on les considère sans tenir compte des définitions dont ils dépendent.
  • 2 Dites « polarités », cf. Hjelmslev (1975, Df 101).
  • 3 Les « homologies », cf. Hjelmslev (1975, Df 102).
  • 4 Cf. Cassirer (1945) : 105.
  • 5 Puisque la structure est censée se retrouver dans l’objet tout en permettant sa mise en fonction par le sujet individuel.
  • 6 Cf. « La langue exige pour être comprise une observation intellectuelle » (Hjelmslev 1937 : 205).
  • 7 Cf. Hjelmslev (1966: 140 et suiv.)
  • 8 L’analyse est une articulation de l’objet en question (le langage), le langage est à son tour une articulation du sens.
  • 9 C’est cette idée qui oriente les opérations d’analyse telles que l’« analyse dimensionnelle » (cf. Hjelmslev [1933] 1973 : § 47 sv.), l’« articulation liée » ou l’« articulation libre », discutées dans les Prolégomènes (cf. Hjelmslev 1968 : § 17) mais définies dans le Résumé (cf. Hjelmslev 1975 respectivement : 50, 21): dans ces opérations, l’espace logique de chaque système se subdivise en sous-rubriques qui le saturent de façon qualitativement différente. Cf. Cigana (en publication)
  • 10 À vrai dire, la citation se référerait à Uldall : d’après Gregersen et Canger, c’est Uldall qui a manifesté cette ambition. Selon nous, cependant, il en va autrement : ce que Uldall voulait faire, c’était plutôt étendre l’algèbre aux sciences humaines tout court, en dépassant le domaine de la linguistique (et de la sémiotique, d’ailleurs). C’est cette extension qui lui reprochait Hjelmslev. Du reste, calculer toutes les configurations possibles des catégories linguistiques est précisément ce que ce dernier fait dans son Résumé. À ce sujet, nous nous permettons de renvoyer à Cigana (en publication).
  • 11 On songe par exemple au mécanisme complexe des minima, maximaet optima décrit en particulier dans Sprogsystem og sprogforandring (Hjelmslev [1972] 2016, § IX et suiv.).
  • 12 Voilà pourquoi on ne pourra pas postuler l’existence d’un processus (d’un texte sémiotique au sens large du terme) sans le système correspondant. En effet, ce dernier n’est pas (seulement) une entité du même ordre se situant « à côté » du processus, mais tout d’abord sa condition d’intelligibilité ou de description.
  • 13 Terme qui ne connote donc aucune soustraction ou perte.
  • 14 Ces appréciations constituent les catégories de base pour l’analyse des psychismes individuels, ces derniers étant à leur tour à décrire sur la base des réactions neurophysiologiques.
  • 15 Selon des modalités qui restent encore à analyser en profondeur : la notion d’« affinité », qui nous semble tout à fait centrale dans l’œuvre de Hjelmslev et qui remet en jeu toute une série de renvois à la philosophie de l’époque, a rarement été prise en considération par sa réception.
  • 16 Les notices, à la fois trop nombreuses et trop brèves, ont été exclues à dessein de ce recueil.
  • 17 Connues comme Sprogsystem og sprogforandring (cf. Hjelmslev 1972 et maintenant en étidion française Hjelmslev 2016).
  • 18 Il est à noter que d’après Hjelmslev la « langue naturelle » ne se définit pas par la nature graphique ou verbale de son système d’expression, ni par la nature conceptuelle de son système de contenu : il ne s’agit là que de manifestations habituelles, mais jamais nécessaires, universelles ou exclusives. Si l’on s’en tient au formalisme hjelmslevien, un langage (une sémiotique) ne se définit que par le rapport de commutation existant entre les unités de deux systèmes solidaires ; et une langue ne se définit que comme un langage (une sémiotique) qui peut être manifesté(e) par n’importe quelle matière.
  • 19 Il s’agit d’ailleurs d’une démarche tout d’abord méthodologique.
  • 20 Le lecteur doit être prévenu que dans certains cas, dans les deux bibliographies, le renvoi ne correspond pas à une entrée unique, mais à plusieurs « interventions au débat » qui ont été dûment distinguées dans notre bibliographie. C’est notamment le cas de l’entrée « 174 » dans les Essais linguistiques (Hjelmslev 1970, cf. « Bibliographie supplémentaire »), qui rassemble plusieurs interventions différentes.

References

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Publication details

Published in:

Hjelmslev Louis (2022) Essais et communications sur le langage, ed. Cigana Lorenzo. Genève-Lausanne, sdvig press.

Pages: 13-34

Full citation:

Cigana Lorenzo (2022) „Le langage entre structure, description et possibilités“, In: L. Hjelmslev, Essais et communications sur le langage, Genève-Lausanne, sdvig press, 13–34.